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UNPI 66 - Perpignan
Chambre Syndicale de la Propriété Immobilière Occitanie

Fiche actualité fédération

Traiter les nuisances sonores dans les logements

La densification urbaine et l’augmentation des équipements en tout genre, dans les logements ou à l’extérieur, sont à l’origine d’un environnement de plus en plus bruyant. En parallèle, la société revendique le besoin de calme. Comment combiner ces évolutions ?

Nombre de problèmes de voisinage sont liés au bruit mais pas seulement dans sa représentation la plus classique du tapage nocturne. Des bruits quotidiens, par leur répétition, deviennent de la pollution sonore.

Pour satisfaire le mode de vie des uns et des autres, plus calme ou plus bruyant, la solution peut être d’améliorer ou de mettre en place une isolation phonique.

Les termes isolation phonique et isolation acoustique sont-ils des synonymes ? Techniquement, l’isolation phonique permet d’éviter que les bruits extérieurs ne résonnent à l’intérieur et l’isolation acoustique est la correction des nuisances sonores qui se propagent à l’intérieur. Ces notions sont évidemment complémentaires. Les textes englobent le tout sous la notion de réglementation acoustique.

Un sondage Ifop « Les français et les nuisances sonores »[1] pour le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie a été réalisé en septembre 2014 sur un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus. 86 % des personnes interrogées se déclarent gênées par le bruit à leur domicile : 13 % trouvent les nuisances sonores très gênantes, 32 % assez gênantes, 41 % peu gênantes. Les sources du bruit sont majoritairement le voisinage (38 %), la circulation routière (37 %), les équipements du domicile et les activités environnantes (15 %). Les nuisances sonores sont plus fréquentes le jour à 48 % contre 24 % la nuit mais considérées moins gênantes en journée.

Le constat est évident, ce sujet préoccupe.

Une législation généraliste

Le regard sur la qualité acoustique des logements a évolué avec un degré d’exigence progressif face à la densification urbaine. La NRA 2000 (nouvelle règlementation acoustique), instituée par deux arrêtés du 30 juin 1999[2], est la réglementation actuelle qui s’applique à tous les permis de construire déposés depuis le 1er janvier 2000 et donc également aux surélévations et additions de bâtiments d’habitation anciens.

Plusieurs types de mesures, avec des valeurs minimales d’isolation à respecter, sont référencés dans ces textes suivant le type d’habitat (maison individuelle, appartement) et le nombre de logements. Il s’agit, par exemple, des bruits aériens, de choc, des équipements individuels et collectifs, de l’espace extérieur.

Dans tous ces cas, les niveaux de bruit admis sont plus importants dans les cuisines que dans les autres pièces principales (séjour, sommeil).

A proximité d’infrastructures de transports, les exigences sont plus élevées, avec une protection renforcée des façades[3]

Considérer que ces bâtiments, construits depuis les années 2000, sont protégés du bruit par rapport aux plus anciens n’est pas exact. En effet, dans des constructions récentes, on peut souffrir de nuisances sonores, les exigences règlementaires ne répondant pas toujours au confort souhaité. Les maîtres d’ouvrage peuvent fixer des exigences plus fortes que les minimums réglementaires pour l’habitat individuel, il est évident que cela sera beaucoup plus difficile pour un appartement en VEFA pour lequel les choix des matériaux de construction sont identiques à tous les logements en principe.

Si la réglementation acoustique a fait évoluer la qualité des constructions depuis 20 ans, cela peut néanmoins avoir un effet pervers. Aujourd’hui, les gens vivant en copropriété n’hésitent plus à écouter de la musique très fort, partant du principe que l’immeuble est bien isolé, bien plus fort qu’ils ne se le seraient permis dans un immeuble plus ancien par souci de civilité. Résultat : ils finissent par créer une gêne sans en avoir conscience.

Les origines de la pollution sonore à identifier

La pollution sonore est une question de santé publique, inscrite dans le code du même nom à l’article R1336-5 : « Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité. ».

L’enjeu est le confort de vie tant pour les propriétaires occupants que pour les locataires. Un propriétaire occupant doit pouvoir résider tranquillement et le propriétaire bailleur, pour éviter le turn-over incessant des locataires, la vacance locative ou l’engagement de sa responsabilité pour trouble de voisinage causé par son locataire, doit s’interroger sur le confort sonore du bien loué. De plus, dans les deux cas, il ne s’agit pas de pénaliser un projet de vente à cause de nuisances sonores.

Plafond, mur, plancher, porte, fenêtre... le bruit s’infiltre par tous les éléments du bâti. Compte tenu du coût des travaux, il est important d’avoir une vision d’ensemble du projet et donc de s’adresser à un professionnel.

Échelle des bruits en décibels

Seuil de douleur

 

 

120

Circuit formule 1

110

Discothèque, concert

100

Klaxon, marteau-piqueur

Seuil de risque

90

Circulation automobile intense

80

Bruits gênants

 

 

 

70

Salle de classe bruyante

60

Marché animé

50

Rue ou restaurant calme

40

Bruit moyen en journée

Diagnostiquer le besoin

Sans aucun caractère obligatoire, un diagnostic par un acousticien professionnel, le professionnel chargé des travaux ou par le maître d’œuvre, disposant des équipements minimum de détection, peut être utile à la priorisation des travaux à réaliser, à l’obtention de l’autorisation de travaux en copropriété par exemple. A minima, il faut détecter des points de faiblesse acoustique à isoler.

Les questions à se poser :

  • quelle est la nature des bruits (aériens intérieurs ou extérieurs, d’impact, d’équipements) ?
  • quelle est l’origine du bruit, la ou les voies (parois) par lesquelles il est transmis ?
  • quelle est l’intensité du bruit perçu en dB[4] ?
  • quelle est la nature des parois existantes à traiter (parpaings ou briques creux, béton, cloisons alvéolaires, carreaux de plâtre, plancher bois ou plancher hourdi...), des fenêtres ?
  • quelles sont les solutions adaptées en fonction de la nature de la paroi ?

Les points sensibles aux bruits

  • les fenêtres via les vitres : plus la surface vitrée est grande, plus le bruit est susceptible de passer ;
  • les joints d’étanchéité des fenêtres et des portes : les ouvertures sont connues pour les ponts thermiques mais si elles laissent passer l’air, elles laissent aussi passer le bruit ;
  • la porte d’entrée ;
  • le coffre des volets roulants non isolé et étanche ;
  • le système de ventilation par les bouches d’air ;
  • les murs dont l’épaisseur et les matériaux de construction n’ont pas une qualité acoustique suffisante ;
  • la toiture non isolée ;
  • la cheminée...

L’efficacité collective en copropriété

La copropriété, surtout verticale, est particulièrement sensible aux bruits de voisinage, bruits de palier ou entre étages.

Les litiges internes à l’immeuble pour trouble de voisinage peuvent être nombreux mais, même par la médiation ou la sanction judiciaire, cela ne résout pas le problème de la mauvaise qualité acoustique du bâtiment et du besoin d’insonorisation.

Il est souvent inscrit dans les règlements de copropriété qu’un copropriétaire ne doit pas dégrader la qualité acoustique présente lorsqu’il réalise des travaux (changement de revêtement de sol et modification de la disposition des pièces par exemple). Il s’agit bien de la seule protection sonore prescrite entre les copropriétaires voisins, chacun pouvant en plus faire preuve de sens civique en occupant raisonnablement son logement. Le tout s’avère largement insuffisant dans bien des immeubles. Envisager des travaux est bien souvent la seule solution mais qui requiert de nouveau l’intention collective.

Pour des travaux d’insonorisation dans les parties privatives, suivant l’étendue de ceux-ci, l’aval de l’assemblée générale peut être nécessaire. De plus, le règlement de copropriété peut imposer le respect de l’harmonie esthétique de l’immeuble, cela pourra avoir un impact sur le choix des fenêtres, des volets, de la porte d’entrée de l’appartement par exemple. Cette même assemblée peut décider de travaux dans les parties communes (revêtement de sol, joint des portes palières par exemple) pour améliorer l’isolation acoustique. 

Il y a fort à faire dans les immeubles anciens, le problème acoustique est souvent complexe et doit être analysé par des professionnels indépendants et non par des commerçants vendeurs qui ne devront être consultés qu’une fois les solutions adéquates choisies.

L’aide aux travaux d’insonorisation dans les zones aéroportuaires

Dans les zones de bruit aéroportuaires[5], il est possible d’obtenir une aide financière pour la réalisation de travaux d’insonorisation (art. R571-85 à R571-90 du Code de l’environnement).

Cette aide est fonction du Plan de gêne sonore (PGS) de chaque aéroport.

3 zones : zone I : gêne très forte / zone II : gêne forte / zone III : gêne modérée

Les conditions de l’aide :

- être situé dans l’une des zones du PGS ;
- le bâtiment (maison, immeuble collectif) doit avoir été construit avant la parution du Plan d’exposition au bruit dont le bâtiment fait partie. Ce PEB encadre l’urbanisation dans ces zones de bruit.

Les travaux nécessaires sont appréciés par différent critères : type du logement, nombre de pièces, zone du PGS dans lequel le logement se situe. Une étude préalable est réalisée. L’aide financière couvre 80 % à 100 % des prestations (étude acoustique + travaux).

Des solutions de travaux

Michel Souviron, architecte DESA ER

Appartement en copropriété / Isoler un sol et un plafond

Problème : bruits issus des étages supérieur et inférieur en copropriété.

Il est difficile d’imposer des travaux aux voisins du dessous ou du dessus. Il faut souvent se concentrer sur son logement.

Il faut distinguer 3 sources de bruits :

  • Les bruits de pas ou d’impact dits bruits solidiens qui généralement viennent de l’étage supérieur. Pour ces bruits solidiens, la solution idéale consiste à poser un revêtement de sol absorbant dans le logement qui émet le bruit. A défaut, la solution est la création d’un faux plafond acoustique réalisé avec des plaques de placoplâtre qui peuvent être doublées et montées sur des suspentes antivibratiles, complétées par interposition d’une épaisseur de laine minérale qui sera choisie pour ses qualités acoustiques. Le résultat est en général satisfaisant mais peut rarement être parfait du fait des cloisons qui restent en contact avec l’ancien plafond et constituent des diffuseurs de bruit. Le coût d’une telle opération avoisine 60 à 80 €/m².
  • Les bruits aériens : parole, musique, TV du voisin... Les bruits aériens seront largement atténués par la mise en place d’un faux plafond comme décrit ci-dessus à condition qu’ils se diffusent par la totalité du plafond préexistant, et par un revêtement de sol absorbant. Il se peut que ces bruits soient surtout véhiculés par les gaines de ventilation notamment par les systèmes collectifs dits de shunts fréquemment utilisés dans les années 60 qui mettaient directement en relation les pièces des logements superposés. On pouvait alors facilement se parler d’un étage à l’autre !

Dans ce cas une solution ne peut être que collective et consisterait à remplacer ces shunts par un système de VMC (ventilation mécanique contrôlée).

  • Les bruits d’équipements : chasse des toilettes, remplissage ou vidage des baignoires… Les bruits d’équipement sont la plupart du temps transmis par les gaines techniques verticales ou pire par les tuyaux eux-mêmes qui passent d’un étage à l’autre sans aucune gaine. Par exemple, des chutes de WC qui descendent verticalement sur les 10 étages d’un immeuble et restent visibles dans un angle des WC !

Il existe ici une solution très efficace qui est d’enfermer ces tuyaux dans des gaines qui seront créées en placo en plusieurs épaisseurs comme cela se fait dans les immeubles neufs. Le coût est difficile à estimer mais il faut compter environ 800€/gaine.

Maison mitoyenne / Isoler des murs mitoyens

Problème : nuisances sonores du voisin.

Pour améliorer un mur mitoyen sur le plan acoustique, il suffit d’isoler par un doublage continu (placo + laine minérale) au moins un des côtés de ce mur. Cela peut impliquer des modifications électriques (déplacement des prises et interrupteurs) et la réfection des plinthes et des peintures. A noter que ce problème existe aussi en immeuble collectif si les parois sont en brique ou en parpaing. Il faut compter environ 70 à 100€/m².

Maison individuelle ou appartement / Isoler des murs extérieurs

Problème : bruits extérieurs (trafic routier).

Dans un environnement bruyant, on peut améliorer les performances du bâti pour réduire la nuisance. La plupart des cas concernent en priorité les ouvertures vitrées qui constituent le point faible. Il existe aujourd’hui des menuiseries à très fort pouvoir isolant phonique. Mais attention, un simple double vitrage ne suffit pas et il faut se méfier des vendeurs de fenêtres dont certains apportent des solutions inadaptées.

S’il existe un système de VMC avec entrées d’air sur les menuiseries, il faudra prévoir des bouches acoustiques sur les nouvelles menuiseries.

Il peut parfois être nécessaire de remplacer le doublage isolant en polystyrène par un doublage acoustique.

Le coût d’une fenêtre acoustique est largement fonction de ses dimensions mais il faut compter environ 800€/m² pour une performance d’isolement à 43 dB.

3 questions à Michel Souviron, architecte DESA ER :

Quel type de fenêtre combine les meilleures qualités d’isolation thermique et phoniques ?

Qu’elle soit en bois, en PVC ou en aluminium, la fenêtre peut atteindre des performances phoniques très élevées (performance d’isolement à 50 dB) comme on en utilise dans les hôtels situés dans les zones aéroportuaires.

Il faut cependant noter que les fenêtres ou portes fenêtres coulissantes sont nettement moins performantes que des fenêtres ouvrant à la française.

Existe-il des matériaux fins pour isoler par l’intérieur avec les qualités d’isolation phonique et thermique ?

Uniquement pour les bruits d’impact et pour le seul aspect phonique. Si par exemple vous entendez des bruits de pas dus à un carrelage ancien scellé directement sur la dalle en béton du plancher, il est possible à condition de refaire le carrelage (dans le cadre d’une rénovation par exemple) d’interposer un matériau résilient d’environ 1,5 cm d’épaisseur qui supprimera la perception des bruits d’impact en les réduisant de 20dB.

Les isolants thermiques type multicouches minces ne peuvent être considérés que comme des compléments d’isolation et leurs performances sont trop faibles pour les utiliser seuls. De plus leur mise en œuvre est délicate et les risques de condensation sont forts.

Quelles précautions techniques de travaux faut-il prendre pour réaliser une surélévation performante acoustiquement ?

On oublie trop souvent l’aspect acoustique et ce n’est qu’une fois les travaux terminés que l’on s’aperçoit de cette erreur alors impossible à corriger. C’est donc au moment de la conception qu’il faut prendre en considération l’acoustique.

C’est d’ailleurs souvent un point essentiel dans la décision des copropriétaires d’autoriser ou pas une surélévation qui impacte directement la qualité acoustique du dernier étage.

La plupart du temps, les surélévations envisagées concernent des immeubles anciens dotés de planchers à structure bois. Il ne faut jamais considérer que ce plancher existant peut servir directement pour y implanter le cloisonnement.

L’intervention d’un architecte ou d’un bureau d’études permettra d’apprécier la nature du plancher existant et de définir la meilleure solution pour au besoin s’assurer du renforcement du plancher des combles en intégrant le problème acoustique.

Il existe essentiellement 2 solutions :

  • soit le plancher existant est structurellement suffisamment solide et massif (cas très rare). Il faut utiliser des revêtements résilients (qui reprennent leur forme après appui) interposés sous le carrelage ou le parquet de finition qui permettent d’amortir les bruits d’impact en sachant qu’il restera toujours une partie de bruit qui sera perceptible par l’étage inférieur ;
  • soit le plancher ne peut pas servir de support car trop léger, trop souple. Il faudra alors envisager la pose d’un nouveau plancher totalement indépendant de l’existant qui prendra appui sur les murs porteurs. Cette solution plus coûteuse sera aussi beaucoup plus efficace car les bruits d’impact ne pourront pas se transmettre à l’appartement situé dessous. On peut même dire que l’isolation de ce plancher sera beaucoup plus performante que celle des autres niveaux de l’immeuble.

En conclusion, il existe de très bonnes solutions techniques mais il est essentiel de les appréhender au moment de la conception, idéalement en faisant appel à un architecte qui vous garantira un résultat.

[1] https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-les-nuisances-sonores/
[2] Arrêtés du 30 juin 1999 relatifs aux caractéristiques acoustiques des bâtiments d'habitation et aux modalités d'application de la réglementation acoustique.
[3] Arrêté du 30 mai 1996 modifié par celui du 23 juillet 2013.
[4] Un sonomètre de classe 2 permet de mesurer les bruits à partir de 30 dB.
[5] Principaux aéroports : Paris Charles de Gaulle, Paris-Orly, Nice Côte-d’Azur, Lyon-Saint Exupéry, Marseille-Provence, Toulouse-Blagnac, Bâle-Mulhouse, Bordeaux…

Céline Capayrou • Juriste UNPI 31-09

Source : 25 millions de propriétaires • N°juin 2020


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